Archives de Catégorie: Histoire Ancienne

Pharaon, la civilisation egyptienne au service d’un jeu de gestion


En 1999, quatre ans après avoir sorti Caesar 2, l’éditeur Sierra éditait un nouveau « city-builder » sur PC,  nommé Pharaon. Ce nouveau jeu reposait sur les mêmes mécaniques que son prédécesseur, mais basées cette fois-ci sur la civilisation égyptienne.

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Le but est bien évidemment le même que dans les autres jeux du même type, mais les contraintes de l’époque régissent certains éléments, car en plus de devoir gérer sa cité, le joueur doit également défendre sa province, gérer son budget, s’attirer la faveur des Dieux, et tout ça afin de devenir le nouveau Pharaon de l’Égypte.

Le jeu est donc régi par les codes du genre. Il est nécessaire de construire des infrastructures permettant à sa population de se développer. Ainsi, la construction de puits est nécessaire pour pourvoir en eau toute la population des villes. De même, la création de fermes, d’entrepôt et de marchés sont indispensables pour nourrir sa population, tout comme l’édification de temples pour s’accorder la bonne grâce des diverses divinités.

Et c’est là ou Sierra joue à fond la carte du réalisme historique. En effet, la plupart des constructions disponibles respectent les codes de l’architecture égyptienne de l’époque, basée sur la symétrie et les formes géométriques. De plus, le rôle des différents bâtiments constructibles collent au plus près à la réalité. Par exemple, afin d’éduquer à sa population, il est possible de construire des écoles de scribes, ou si vous préférez, vous pouvez promouvoir la construction de brasserie de bières !! De même, comme cela était le cas à l’époque, la crue du Nil joue un rôle majeure, puisqu’elle conditionnera vos récoltes et donc vos réserves de nourriture  pour l’année à venir !!

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Bref, de multiples détails, réalistes et historiques, permettent de s’immerger complètement dans sa cité et dans sa province égyptienne, au fur et à mesure que l’on progresse et que l’on débloque les divers bâtiments. Il faut dire que cela fait quelque chose lorsque l’on construit sa première pyramide !!

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Mais, me direz-vous, tout cela résulte des mécaniques de jeu, et n’a que peu de rapport avec l’Histoire en tant que tel. eh bien détrompez-vous !!

En effet, comme pour son prédécesseur Caesar 2, dans le panneau situé à droite de l’écran, se situe une case qui permet d’obtenir des renseignements historiques sur chaque bâtiment en cliquant sur ce dernier. Cela permet, en plus de s’instruire en jouant, de constater le travail effectué par le studio de développement pour coller au plus près de la réalité historique. Cette volonté se traduit également par un manuel d’utilisation complet, qui contient même une vingtaine de pages retraçant l’histoire de l’Égypte ancienne, comme le montre le document ci-dessous, qui est la page d’introduction de ce chapitre. Tout cela montre bien le travail de recherches historiques fourni par les concepteurs du jeu, ainsi que leur volonté d’ancrer le plus possible le jeu dans le réel.

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Tout ce travail de recherches historiques se retrouve dans le mode Histoire. Le joueur incarne les membres d’une famille d’architectes au fil des siècles, passant par la création de la ville de Men-Nefer (Iere Dynastie), la conquête de la Nubie et de la construction de la Grande Pyramide ( IVe dynastie) soit l’Ancien Empire (de -2686 à – 2181),  jusqu’au Nouvel Empire (de -1550 à -1069), soit près de mille ans, permettant ainsi de survoler l’histoire de cette civilisation.

Alors bien sûr, même si Pharaon repose sur un travail historique solide, y jouer ne correspond pas à prendre un cours accéléré d’histoire égyptienne, mais il permet tout de même de pouvoir apprendre de façon ludique la fonction des différents ouvrages et constructions de l’époque.

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La saga God Of War, ou la mythologie grecque en mode beat-them-all


L’histoire ancienne est la période historique la plus riche en mythologies et légendes, due en grande partie à la multiplicité des civilisations durant cette période. L’une de ces mythologies les plus connues concerne la Grèce Ancienne. En effet, le polythéisme de l’époque, la frontière mince entre mythologie et réalité, et la cosmogonie fluctuante en fonction des différents auteurs antiques font de cette période historique un terreau exceptionnel pour les développeurs de jeux vidéos.

C’est donc en toute logique que Sony puise dans cette période historique pour créer l’une des sagas vidéo-ludiques les plus connues des années 2000 : la saga God Of War. Cette saga est composée exclusivement de jeux vidéos de type Beat Them All, c’est à dire des jeux ou l’on dirige un héros qui doit tuer tout les ennemis se présentant devant lui. Et qui mieux qu’un Spartiate pouvait incarner ce personnage devant détruire tout ce qui passe à portée !!

Images de God Of War

Images de God Of War

En tant que joueur, vous incarnerez donc Kratos,  ancien capitaine de l’armée spartiate, devenu l’arme d’Arès, le  dieu de la Guerre, qui décide de se rebeller contre les Dieux de l’Olympe, devenant ainsi le « fantôme de Sparte« . Le pitch de départ est clair : les développeurs n’ont pas fait dans la finesse, ni dans le respect historique !!

En effet, si les différents jeux ont comme toile de fond la Grèce Antique, on ne peut pas dire que les différentes trames des jeux respectent la réalité historique, ni même la mythologie grecque !!

Ainsi, Kratos va affronter au cours de ses différentes aventures toutes les créatures que l’on trouve dans les différents textes de l’époque : sirènes, centaures, satyres, minotaures, etc . . . Il va également combattre des créatures censées être vaincues par d’autres héros mythologiques, telles que l’Hydre d’Hercule, la Méduse de Persée ou encore le Cerbère. Pire, il va tuer d’autres héros de la mythologie grecque, comme Thésée, Icare ou Persée.  Pour le coup, on peut dire que les développeurs font fi d’une partie de la réalité mythologique pour intégrer leur anti-héros dans cette dernière. La preuve en est que Kratos sera responsable de la mort de près de la moitié du panthéon grec, dans sa quête de vengeance.

A noter que David Jaffe, l’un des développeurs de la saga, justifie la mort de la plupart des Dieux du panthéon grec de la main de Kratos comme étant la façon dont les hommes sont devenus les seuls maîtres de leur destin « : God of War explique, ou plutôt expliquera, pourquoi les Dieux grecs ont disparu« . Une façon de vouloir intégrer cette saga vidéo-ludique dans la mythologie grecque.

Comme il est maintenant d’habitude avec les productions de ce type, ont peut noter que les décors essayent de coller à l’architecture de l’époque. Le style typique de l’architecture grecque est respecté dans l’ensemble, même si on se doute bien que la version d’Athènes du jeu ne correspond en rien à la vraie ville de l’époque. Alors, oui, cela ressemble à l’image dont se fait la majorité des gens de la Grèce antique, cela fait « vieux », mais question réalité historique, on repassera !!

Vous l’aurez compris, la saga God Of War n’a clairement pas vocation à respecter une quelconque réalité historique. Les développeurs se sont juste servi de cette période riche en monstres, dieux et mythologies pour créer des beat-them-all de qualité certes, mais n’ayant plus grand chose à voir avec le sujet d’inspiration. Cette saga est au jeux vidéos ce que sont des films tels que 300, ou la version 2010 du Choc des Titans au cinéma : un divertissement se basant sur la mythologie grecque, sans respecter la réalité de cette dernière.

 

la saga Dynasty Warriors, ou l’histoire des Trois Royaumes version light


Si l’histoire européenne est l’axe d’enseignement de l’histoire de nos jours, l’histoire asiatique, et en particulier celle de la Chine, est souvent laissée de coté. Et pourtant, celle-ci se révèle d’une richesse exceptionnelle, avec des dynasties qui se créent, qui se développent, et qui disparaissent régulièrement tout au cours de son histoire.

Une période de cette histoire de Chine est d’ailleurs décrite dans un roman historique chinois célèbre, l’Histoire des Trois Royaumes. Cet ouvrage (qui date du XIVe siècle, d’après une autre œuvre datée du IIIe siècle) retrace les évènements survenus entre 220 et 265 ap J.C, et la lutte de pouvoir entre les royaumes de Wei, de Shu, et de Wu pour devenir la puissance dominante en Chine.

C’est en se basant sur cette période riche en péripéties, intrigues et batailles que l’éditeur japonais Koei créa en 1997 l’une des franchises les plus connues au monde, la saga Dynasty Warriors.

Images de différents épisodes de Dynasty Warriors

En effet, cette saga, qui compte déjà 15 ans et 7 épisodes (sans compter les spins-off, ou cross-over, car sinon, on atteint le nombre de 26 jeux !!) a gardé le même schéma sur tout ces épisodes, le classique beat them all, c’est-à-dire d’un jeu où le joueur doit éliminer tous les adversaires qu’il croisera sur sa route. Basique, mais efficace !!

Dans le cas de Dynasty Warrior, toutes ces batailles ont donc pour contexte la période des Trois Royaumes. Mais peut-on allier jeu défouloir et réalité historique ??

Tout au long de la saga, Koei va faire en sorte que l’histoire évolue au rythme de la réalité historique, puisque le premier épisode débute en même temps que le roman, et que le dernier épisode se base sur les évènements qui amène à la réunification des Trois Royaumes. On peut noter donc la volonté de l’éditeur de suivre la trame historique, en changeant de période à chaque nouveau volet.

Il faut également noté que chaque niveau dans lequel le joueur évolue est la reconstitution d’une bataille de l’époque, tel que la bataille de la Falaise rouge (208 ap J.C) qui marquera les esprits par le nombre de soldats impliqués (env 600.000 pour les deux camps). Seulement, si le contexte historique de la bataille est en général le bon, voir un seul soldat, en l’occurrence le joueur, renverser les cours des choses à lui tout seul rend caduc toutes notions de réalité historique.

Il en va de même avec les personnages que le joueur peut incarner. En effet, ils s’agit à chaque fois de personnages historiques, tels que le célèbre stratège Cuo Cuo, le général Lü Bu, ou encore le général Zhao Yun, qui sont tous de grandes figures historiques de l’histoire des Trois Royaumes. Il faut dire qu’il y a beaucoup de personnages dans ces jeux : pas moins de 60 sont disponibles dans la dernière version !! Mais là aussi, la réalité historique est mis à mal. Tout d’abord, les personnages ne ressemblent pas vraiment aux originaux : les tenues portés sont stylisées au possible, rendant la base historique surchargée par des détails visuels à pur vocation esthétique. Les visages ont un coté manga assez prononcé.  Enfin, les personnages féminins sont jouables sur les champs de bataille alors qu’à l’époque, il était impossible à une femme de prendre les armes !!

De plus, la mort de certains protagonistes de jeu ne collent pas à la réalité. Ainsi, alors que certains sont morts de vieillesse ou en étant exécuté, on les vois mourir avant ou après la date réelle, et toujours de façon héroïque !! Si le coté dramatique est du coup boosté, la réalité historique en prend de nouveau un coup . . .

Au final, la saga Dynasty Warrior est le modèle d’une certaines catégories de jeux vidéos se servant d’éléments historique : la trame historique sert juste de fil directeur, les développeurs se permettant une grande liberté sur la réalité historique, afin de pouvoir scénariser au maximum leur jeux. Du coup, l’histoire des Trois Royaumes, si elle reste la pierre angulaire de la saga, se voit être ré-écrite par Koei selon les besoins pour les différentes versions.

On ne peut donc pas parler ici de réalité historique, ni même de fiction historique, mais plutôt d’ histoire « pop-corn« , c’est-à-dire que l’on garde se qui fait le spectacle (les batailles), on garde les personnages charismatiques, et on vire un peu tout le reste !! Heureusement, Koei intègre une vaste encyclopédie sur l’histoire des Trois Royaumes dans ses jeux, comme pour se faire pardonner de l’avoir tellement modifiée.

Vous l’aurez compris, si vous cherchez à connaitre cette période historique, jetez vous sur le roman lHistoire des Trois Royaumes, mais ne comptez sur Dynasty Warrior que pour vous défouler un coup !!

Caesar II, ou la civilisation romaine au service d’un jeu de gestion


 Avé Caesar, ceux qui vont jouer te salue !! En effet, nous allons vous parler de l’un des meilleurs jeux de gestion des années 1990-2000, à savoir Caesar II. Entre gestion de votre cité et de votre province, les attaques des barbares et l’humeur de l’Empereur, vous aurez du travail dans ce jeu assez fidèle historiquement, où chaque bâtiment recèle des faits historiques quand à leurs fonctions et leurs utilisations.

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Le jeu vidéo Caesar II, sorti en 1995 par l’éditeur Sierra sur PC, fait parti des jeux de gestion et de stratégie, où le but est de construire et de faire prospérer des villes, en les dotant de tous les éléments dont ont besoin des citoyens, le jeu le plus connu de ce type étant Sim City. Là où ce jeu ce démarque des autres, c’est qu’il se base sur l’histoire romaine antique, intégrant ainsi une dimension historique, qui si elle ne révolutionne pas le gameplay, le modifie de façon subtile. Ainsi, le but est bien évidemment le même que dans les autres jeux du même type, mais les contraintes de l’époque régissent certains éléments : en effet, en plus de devoir gérer sa cité, le joueur doit également défendre sa province contre les barbares, tout en restant à l’écoute de l’empereur, qui vous sollicitera de différentes façons.

Le jeu est donc régi par les codes du genre. La construction des infrastructures permettant à sa population de se développer est primordiale. Ainsi, la mise en place de puits et d’aqueducs sont nécessaires pour pourvoir en eau toute la population des villes. De même, la création de fermes, d’entrepôt et de marchés sont indispensables pour nourrir sa population.

Omnibus viis Romam pervenitur

Et c’est là ou Sierra joue à fond la carte du réalisme historique. En effet, la plupart des constructions disponibles respectent les codes de l’architecture romaine de l’époque, basée sur la symétrie et les formes géométriques. De plus, le rôle des différents bâtiments constructibles collent au plus près à la réalité. Par exemple, afin de divertir à sa population, il est possible de construire des théâtres, des cirques, des arènes . . . La religion est également présente, et il est également parfois nécessaire de faire de « petits cadeaux » à César afin de bénéficier de sa gratitude !!

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Exemple de cités

Bref, de multiples détails, réalistes et historiques, permettent de s’immerger complètement dans sa cité romaine, ainsi que dans sa province, lorsque des attaques de « barbares » ont lieu, mettant ainsi votre armée à rude épreuve, lors de face-à-face où les stratégies militaires et les tactiques de l’époque sont à utiliser, comme la fameuse « tortue » par exemple. A noter que certaines guerres historiques sont présentes, et vous pourrez ainsi croiser par exemple Hannibal et ses éléphants !!

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Bataille rangée entre votre armée et des envahisseurs

Mais, me direz-vous, tout cela résulte des mécaniques de jeu, et n’a que peu de rapport avec l’Histoire en tant que telle. eh bien détrompez-vous !! En effet, dans le panneau situé à droite de l’écran, se situe une case qui permet d’obtenir des renseignements historiques sur chaque bâtiment en cliquant sur ce dernier. Cela permet, en plus de s’instruire en jouant, de constater le travail effectué par le studio de développement pour respecter le plus possible la réalité historique.

Tous ces éléments montrent bien que le travail de recherches historiques fourni par les concepteurs du jeu est dès plus conséquent, permettant ainsi à Caesar II  d’être le plus fidèle possible à la réalité historique tant sur le plan architectural que fonctionnel des bâtiments, mais également sur le plan militaire.

Quelques petits défauts

Malgré tout ce travail de recherches historiques, ce jeu n’est pas exempt de quelques défauts historiques. Ainsi, les renseignements historiques des bâtiments sont inégaux, variant du simple au double, et s’apparentent plus à une page Wikipedia qu’à des éléments de cours d’histoire. Cela est encore plus flagrant en Province, ou des bâtiments tels que les comptoirs commerciaux ont été tout simplement oublié !!

De même, en mode campagne, le joueur évolue en grade au fur et à mesure qu’il réussit les missions qui lui sont attribué, et se voit confier la gestion de provinces de plus en plus importantes, devenant ainsi questeur, édile, puis consul, proconsul, et enfin . . . Empereur !! Hors, il était impossible de suivre ce chemin pour devenir Empereur, puisque le titre était héréditaire, à l’instar des rois de France. De même, la période couverte par le jeu correspond à l’ensemble de l’histoire romaine, puisque l’on commence au tout début par coloniser Capoue ou Syracuse, des régions italiennes conquises au IIIe siècle av J.C, pour finalement voir l’Empire romain s’étendre en passant par l’Hispanie ( IIe siècle av J.C), la Gaule ( Ier siècle av J.C) et l’Angleterre (1er siècle ap J.C), soit près de quatre siècles pour un seul personnage, chose bien sûr impossible !!

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La carte de l’Empire Romain et de ses provinces

De plus, si vous avez la possibilité de construire des temples, ces derniers sont génériques, s’adressant aux Dieux romains dans leur ensemble, et non à un Dieu en particulier, comme c’était le cas à l’époque, avec notamment des sanctuaires dédiés à Jupiter, Mars, ou encore Junon.

Il s’agit là de défauts mineurs, qui ne gâchent en rien tout le travail effectué par Sierra, mais qui montre que le studio pouvait faire encore mieux en approfondissant et en développant un peu plus leurs recherches, pour coller d’avantage à la réalité historique.

Bilan

Note : 7/10

Note : 7/10

Les Plus                                                                                       Les Moins

+ ambiance réussie                                                               –  quelques petites erreurs historiques

+ renseignements historiques disponibles . . .              –  . . . mais de façon inégale, et peu développés

Alors bien sûr, même si Caesar II repose sur une base historique solide, y jouer ne veut pas dire prendre un cours accéléré d’histoire romaine. Cela dit, il permet tout de même de pouvoir découvrir la fonction des différents ouvrages et constructions de l’époque grâce aux descriptions faites dans les outils du jeu. Ses quelques erreurs historiques ne sont pas rédhibitoires, et ne gâche pas le bon travail de Sierra. Et comme ce jeu est un « abandonware », c’est-à-dire un jeu abandonné par son éditeur et donc gratuit, je ne peux que vous conseiller de l’essayer afin de vous faire votre propre avis !!

 

Gaming Live de Caesar II : https://jeuxvideosethistoire.wordpress.com/2014/05/12/gaming-live-caesar-ii-pc/