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Jeanne d’Arc, où l’histoire de France made in Japan !!


Au Japon, si il y a bien un pays que l’on aime, c’est la France !! Que ce soit la culture, l’architecture, ou l’histoire, les Japonais raffolent de ce qui est français. Il est donc logique de les voir s’intéresser à l’histoire de France, mais à leur façon !! Ainsi, Napoléon a été revisité par le mangaka Tetsuo Hara, qui est le créateur du manga Ken le Survivant, et la Révolution française s’est vue être mise en dessin par la mangaka Riyoko Ikeda sous le nom de  La Rose de Versailles, qui est ensuite devenu le dessin animé Lady Oscar.

Ici, le développeur Level-5, connu entre autre pour ses jeux Professeur Layton a décidé de créer un jeu vidéo sur l’histoire de France et de Jeanne d’Arc, intitulé sobrement Jeanne d’Arc, sorti en 2006 au Japon et en 2007 en France.

Dans ce tactical-RPG, sorti en 2007 au Japon, la Guerre de Cent Ans et histoire de Jeanne d’Arc ne sert que de trame de fond au jeu.

Le jeu mêle réalité et heroïc-fantasy, et ce, sur plusieurs points.

Commençons par l’histoire. En effet, si l’on suit les aventures de Jeanne, le contexte est légèrement . . . différent. Si la Guerre de Cent Ans a lieu, c’est parce qu’une entité maléfique a pris possession du corps du jeune roi anglais Henri VI, aidé par l’oncle de ce dernier, le Duc de Bedford. Dès lors, les armées anglaises envahissent la France, brulant le village de l’héroïne, Domrémy. Jeanne décide donc de se venger en chassant les Anglais hors de France. Une version de l’histoire teintée d’heroïc fantasy donc !!

L’héroïne, Jeanne, aura donc pour mission pendant une grande partie du jeu de bouter les Anglais hors de France. Le joueur fera donc le siège d’Orléans, participera au sacre de Charles VII à Reims, ainsi que l’attaque ratée sur Paris, mais  se retrouvera également a visiter la ville des Nains et celle des Elfes, des temples perdus, et autre lieux étranges. C’est pourquoi la worldmap est dotée de lieu réels ( Clairoix, Orléans, Chinon) et de lieux imaginaires. Autre erreur, cette fois-ci géographique : certains lieux réels sont mal placées (Rouen se retrouve au Nord de Paris) et des lieux fictifs également (la Tour d’Alsace se trouve . . . au Sud-Ouest de la capitale !!).

Les compagnons de Jeanne sont également un mélange de personnages réel et de personnages inventés. L’héroïne est entourée de Gilles de Rais, d’Etienne de Vignolles (dit « La Hire ») mais aussi de personnages fictifs avec des noms à consonances bien françaises tels que Jean, Marcel, Roger, ou Robert.

Mais les personnages réels bénéficient d’un traitement très « japonais » !!

Ainsi, Gille de Rais devient un noble au character design très Occidental, alors que La Hire devient carrément un homme-lion !!

Et c’est là que vient le gros du problème : en mêlant histoire et heroïc fantasy, on se retrouve avec des personnages qui ne collent pas du tout avec le Moyen Age. Ainsi, si les troupes anglaises comportent soldats, lanciers, et archers, il y a aussi des sorciers, des prêtres, mais également des Orcs, des Géants, des Elfes Noirs, des Dragons, . . .

Voici le genre d’ennemi que l’on peut rencontrer

De même, Jeanne a pour compagnons une Elfe, un Homme-Panthère, et même une grenouille sachant manier l’épée !! . . . Bref, on retrouve tout le bestiaire de l’heroïc fantasy classique. De plus, les héros et Jeanne possèdent des bracelets magique, leurs permettant de se transformer en super-soldats, avec des armures très kitsh (rose, noire, bleu turquoise),  se qui accentue le coté japonais du soft. Et bien sur, il ne faut pas oublier la possibilité d’utiliser la magie, et autres coups spéciaux, propre à tout tactical-RPG.

Attention, spoiler !!

Enfin, l’histoire en elle-même s’éloigne au fur et à mesure de l’histoire réelle. En effet, au début, Jeanne attaque Orléans, est blessée, puis participe au sacre de Charle VII à Reims. Mais à la suite d’une bataille, elle tombe dans un ravin, et l’une de ses compagnons, Liane, prend sa place. C’est elle qui sera capturée, puis brulée à Rouen. Jeanne réapparait ensuite, et combattra non plus les Anglais, mes les forces du mal, représenté par Henri VI et ses démons. Le combat final aura lieu dans la dimension infernal contre cet entité.

 

Tout cela fait de Jeanne d’Arc un jeu très particulier. L’histoire de la Guerre de Cent Ans et de Jeanne d’Arc ne sont qu’un prétexte, le studio Level-5 prenant énormément de liberté historique. Au fur et à mesure du jeu, on s’éloigne du contexte historique, puisqu’à partir de la moitié du jeu, il n’est plus question d’une guerre franco-anglaise, mais plutôt d’une guerre entre le Bien et le Mal. On peut regretter que le studio japonais n’est pas cherché à approfondir le coté historique, car plusieurs détails montrent qu’il maitrisaient bien le sujet (le fait que Jeanne fut capable de reconnaître Charles VII, vêtu simplement au milieu de ses courtisans, . . .). Le coté heroïc fantasy prend de plus en plus de place au détriment de la vérité historique, et le jeu perd de son identité, car même si l’héroïne est toujours Jeanne, le contexte est totalement différent. Au final, Jeanne d’Arc est très bon Tactical-RPG, qui respecte parfaitement les codes du genre, mais il aurait pu s’appeler autrement, tant la réalité historique est peu respectée.