Archives du blog

Interview d’Epyon, rédacteur à JeuxVidéos.com, réalisée pendant la Paris Game Week


  1. Tout d’abord, peut-tu te présenter (parcours, …) ?

=> Eh bien bonjour, je m’appelle Loïc, plus connu sous le pseudonyme d’Epyon, sous lequel j’officie pour le site jeuxvideo.com. Après un Bac L obtenu haut la main (peau d’lapin), je me suis dirigé vers une fac d’anglais (LLCE, plus précisément), un peu par défaut. Jusqu’alors j’envisageais plutôt Science-Po, ou même l’école du Musée du Louvre, mais des soucis personnels m’ont empêché de quitter la ville où j’habitais alors (Grenoble), et, à quelques semaines de la reprise des cours, il fallait bien que je trouve quelque chose. Après 3 ans à galérer entre les grèves étudiantes et les soucis administratifs de tout genre, complètement lassé par la vie universitaire, j’ai abandonné avant même de terminer ma licence. Après une année sabbatique, j’ai finalement décidé de reprendre mes études, cette fois-ci du côté de Limoges, en optant cette fois pour l’Histoire, là encore un peu par défaut, même si je n’ai pas regretté ce choix par la suite.

  1. Comment est-tu devenu membre de la rédaction de Jeuxvidéo.com ?

=> Un coup du destin, je dirais ! Plus sérieusement, alors que j’allais entrer en troisième année, jeuxvideo.com m’a contacté pour me proposer un emploi. Non pas à la rédaction, mais service Marketing, afin d’occuper le poste de community manager. Il fallait notamment que je m’occupe des forums, et dans une moindre mesure des réseaux sociaux. Le poste était fait pour moi, si je puis dire, puisque je connaissais et fréquentais le site depuis sa création ou presque ; en outre, j’étais l’un des plus anciens membres du noyau dur de la communauté du site, et l’administration me connaissait plutôt bien puisque j’avais été modérateur bénévole sur plusieurs de leurs plus gros forums. J’ai donc fini par accepter, après en avoir discuté avec l’un de mes professeurs. Mais c’est en arrivant réellement à jeuxvideo.com, et après plusieurs mois de travail que je me suis rappelé à quel point le boulot de rédacteur m’avait fait envie, par le passé. En 2009, j’avais même candidaté pour obtenir un poste, après un appel à candidature… sans succès. J’ai donc retenté ma chance en mars 2013, lorsque l’on a appris que l’un des rédacteurs allait s’absenter pour au moins un an. J’ai envoyé un dossier assez étoffé, composé d’une dizaines de tests, et de deux articles traitant de sujets « de fond », plutôt pointus donc. J’ai finalement été retenu, avec 3 autres personnes, pour passer une série de tests et d’entretiens. Suite à quoi j’ai appris que j’étais embauché. J’ai eu énormément de mal à y croire sur le moment, puisque j’avais passé ces tests et entretiens dans les pires conditions possibles (une opération des dents de sagesse deux jours avant, particulièrement douloureuse).

Histoire générale

  1. En tant que journaliste, et ayant une formation historique, le coté historique des jeux est-il un critère sur lequel tu fait attention, en particulier pour les jeux qui se revendiquent comme tel, à l’exemple de la série mondialement connue d’Ubisoft, Assassin’s Creed ?

=> J’y fais attention comme je pourrais faire attention dans certains films ou certains romans. C’est à dire que je ne vais pas être vraiment exigent, même si certaines erreurs pourraient m’agacer, si elles sont illogiques. En revanche des références particulières, qui dénoteraient d’un travail de documentation approfondie, auront plutôt tendance à attirer ma bienveillance, c’est certain. Ce fut par exemple le cas lors de mes premières sessions de jeu sur Assassin’s Creed 3. Le jeu était supposé avoir pour trame de fond la Guerre d’Indépendance Américaine, et à la grande surprise d’une majorité des joueurs, les premières heures de jeu se déroulaient durant la Guerre de 7 ans (et donc surtout la Guerre de Conquête), et il y avait certaines références assez pointues, notamment à l’Expédition Braddock, à la « prise » de Fort Duquesne, c’était assez plaisant.

  1. Prenons l ‘exemple d’Assassins’s Creed. On peut reprocher à cette série d’avoir un décor et un contexte historique, mais une trame narrative mêlant fiction et Histoire, au risque d’induire le joueur en erreur. Du coup, quand on teste ces jeux, est-ce que l’on fait attention à préciser aux lecteurs ce qui est est vrai historiquement, et ce qui ne l’est pas ?

=> À titre personnel je n’ai jamais eu la chance de tester, pour jeuxvideo.com, l’un de ces jeux. En revanche je les apprécie énormément, en tout cas pour les premiers épisodes, et j’ai tendance à les conseiller régulièrement à des amis non-joueurs. Dans ce contexte-là je fais effectivement attention à préciser que les titres mêlent fiction et histoire et que tout n’est pas à prendre comme argent comptant. D’ailleurs les développeurs eux-mêmes ne s’en cachent pas, et avertissent les joueurs qu’il s’agit avant tout d’une œuvre de fiction, en début de partie.

  1. Dans le cadre des interviews des développeurs de jeux se revendiquant comme étant historique, ces derniers expliquent-ils leur façon de faire des recherches historiques, et est-ce une question qui vous semble importante à poser ?

=> Là encore je n’ai jamais eu cette chance, même si, dans les interviews que j’ai pu lire, les développeurs disent d’eux-même qu’ils n’ont pas la prétention de donner des leçons d’Histoire avec leurs jeux. Ils l’ont encore rappelé récemment suite aux vives critiques de Jean-Luc Mélenchon, concernants Assassin’s Creed Unity. Mais en tant qu’ancien étudiant en Histoire, et passionné par le sujet depuis ma plus tendre enfance, c’est une question qu’il me paraîtrait naturel de poser.

  1. Quand on regarde les jeux dits historiques, on a l’impression que l’époque détermine le type de jeu, comme les FPS pour la Seconde Guerre Mondiale, les jeux de stratégie pour l’histoire médiévale, … Peut-on regretter cette situation, tout comme le fait que des pans de l’Histoire ne soit pas utilisé car non adaptable ?

=> À mon sens c’est surtout une question de gameplay, certaines époques offrant plus ou moins de possibilités… Il serait par exemple difficile de faire un FPS sur fond de Guerre de 100 Ans, la vie d’un arbalétrier n’aurait rien de bien excitant, en terme de jeu vidéo ! En revanche je pense que des périodes comme le Moyen Age sont de mieux en mieux exploitées, et on peut trouver beaucoup de styles différents… Avec des jeux comme Chivalry : Medieval Warfare, ou War of the Roses, on a deux jeux plongeant le joueur (tant bien que mal) dans le Bas Moyen Âge, mais qui ne sont pas des jeux de stratégie. Il existe aussi beaucoup de jeux de stratégie prenant ayant pour trame de fond la Seconde Guerre Mondiale. Il faut simplement fouiller un peu et aller plus loin que les jeux dits AAA, les hits des gros éditeurs, comme Activision ou UbiSoft.

Mais je pense que la force du jeu vidéo, c’est justement qu’il offre de très nombreuses possibilités, et que rien n’est inadaptable. Je me rappelle avoir lu il y a 10 ans, dans un magazine (TotalCube, je crois) un article qui justement trouvait dommage que la 1ère Guerre Mondiale ne soit pas traitée dans un jeu vidéo. Mais l’article mettait également en avant le fait que cette guerre offrait sans doute des possibilités… limitées : attendre dans une tranchée, et charger à l’aveugle en espérant ne pas se faire descendre par un ennemi aveugle, en terme de jeu vidéo, ça n’aurait aucun intérêt. Avec tout le respect que j’ai pour les millions de personnes qui sont morts durant cette guerre, bien entendu. En revanche, pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, UbiSoft a pris le parti de développer et d’éditer un jeu nommé Soldat Inconnu. Le parti pris est intéressant, puisque plutôt que d’en faire un jeu d’action, type FPS, potentiellement sans intérêt, ils ont décidé d’en faire un jeu de plates-formes/aventures, dépeignant avec beaucoup de justesse l’horreur de la vie dans les tranchées, et de la guerre de manière générale. C’est un très beau plaidoyer pour la paix ! Le jeu en lui-même souffre de plusieurs défauts agaçants, mais reste qu’il traite un sujet très grave d’une manière plutôt juste et jusque là assez originale.

  1. Pour plaire, le jeu vidéo se doit d’être de très bonnes qualités tant sur le plan du gameplay que de la réalisation, de la trame narrative, … Est-ce que les jeux vidéos historiques ne négligent pas cet aspect là, et du coup, attirent moins les joueurs ?

=> Peut-être, oui. Et c’est en cela qu’Assassin’s Creed a été une véritable petite révolution, parce que pour la première fois, un gros éditeur s’attaquait à l’Histoire avec un H, en prenant le parti de livrer un jeu à la fois beau, immersif, plutôt crédible/cohérent côté Histoire, et très grand public dans son gameplay . Les premiers Call of Duty, ou des jeux comme Medal of Honor un peu avant, étaient tout aussi grand public, mais l’histoire, la Seconde Guerre Mondiale, n’était finalement qu’un prétexte, même s’il y avait à l’occasion quelques références historiques tout à fait valables. Un jeu comme Assassin’s Creed 2 (bien meilleur que son grand’frère) ont créé chez de nombreux joueurs un véritable intérêt pour la Renaissance italienne ; c’est d’ailleurs sur son succès qu’ont surfé les séries TV Borgia.

Et il y a une chose particulièrement amusante, c’est que les joueurs sont souvent les premiers à critiquer tel ou tel jeu parce qu’il met en scène une période particulière de l’Histoire… On lit, on entend souvent « C’est l’Histoire pour les nuls », « c’est plein d’erreurs »… Alors que la plupart du temps, eux-mêmes n’arriveraient pas à déceler ces erreurs ! Il y a une sorte de snobisme, en tout cas en France, de ce point de vue là, et c’est toujours amusant à constater… parce que ces critiques sont utilisés contre des jeux hyper-populaires comme Assassin’s Creed, produit par une grande entreprise (et pour beaucoup de joueurs, grande entreprise = pompe à fric = jeux de merde), mais ne l’étaient pas à l’époque où des jeux comme Age of Empires connaissaient la gloire. Mais c’était un succès beaucoup plus confidentiel, puisque alors le jeu vidéo était moins populaire qu’il ne l’est aujourd’hui. Même chose pour un Chivalry Medieval Warfare, jeu moins populaire et pas exempts de défauts…

Histoire de France

  1. Parlons de l’Histoire de France. Il y a très peu de studios français qui font des jeux partant d’une base historique française, alors que des studios américains, suédois, voir japonais n’hésitent pas à utiliser l’histoire française pour faire leurs jeux. Est-ce que cette situation n’est pas regrettable ?

=> Peut-être, mais cela ne veut pas dire pour autant que si ces studios développaient des jeux vidéo, ils seraient plus… pertinents, plus crédibles, d’un point de vue historique. Les développeurs seraient toujours opposés aux mêmes soucis, indissociables de toute production artistique. Les scénaristes, notamment, ont presque toujours besoin de prendre quelques légères libertés… Après il existe sans doute des petits studios qui ont développé des jeux « historiques », mais dans l’immédiat aucun nom me vient à l’esprit. Il faut néanmoins garder en tête qu’Ubisoft est à l’origine un studio français ( UBI signifiant, à l’origine, « Union des Bretons Indépendants), fondés par trois frères, donc l’un en est toujours PDG. Il y a énormément de francophones dans les équipes du studio principal, se trouvant à Montréal. Et je ne pense pas que si le studio était français à 100 %, cela changerait quoi que ce soit pour le développement du jeu, et sa qualité finale. De ce que j’en sais, Ubisoft fait plutôt du bon travail de ce côté-là, notamment en utilisant comme consultants de nombreux professeurs et spécialistes des époques qu’ils traitent dans leurs jeux.

  1. De plus, lorsque ces studios étrangers utilisent l’Histoire de France, il arrive que cela ne soit pas forcément très bien traité (Jeanne d’Arc, The Saboteur, …), avec beaucoup d’incohérences historiques. Comment peut-on l’expliquer, alors qu’il est facile d’accéder à une forte base historique ?? Cela vous gache-t-il votre plaisir de jeu ?

=> Beaucoup ont tendance, en effet, a mettre en scène une version… idéalisée de l’Histoire de notre pays, parfois pour des raisons scénaristiques, voire esthétiques… ou carrément marketing, en fait. C’est une thèse que j’avais développé à un moment. La façon de traiter de telle ou telle époque influe énormément sur le regard porté par les joueurs sur le jeu, le produit qui leur est présenté, et de fait je ne suis pas étonné de voir certains éditeurs arranger un peu les choses de manière à ce que leurs jeux soient suffisamment « sexy » pour le grand public. C’est le grand public qui rapportent le plus d’argent, et beaucoup n’ont pas envie de jouer à un reportage Arté. Ce que beaucoup veulent, c’est un jeu amusant, plus proche du roman de cape et d’épée que de l’ouvrage universitaire.

Et je peux les comprendre !

De fait il est assez amusant de voir comment un éditeur aussi puissant qu’Ubisoft a traité Assassin’s Creed 3 et Assassin’s Creed Unity, notamment dans sa campagne marketing. AC3 traite principalement de la Révolution Américaine ; les campagnes de publicité, notamment celle baptisée « Rise », mettait en avant un peuple brimé, oppressé, torturé par une force étrangère (ici, les Anglais, donc), mettant ainsi l’emphase sur le besoin naturel de liberté et d’indépendance. La campagne parfaite pour séduire le public américain, pour qui la Révolution évoque naturellement la liberté. Et récemment, Assassin’s Creed Unity, traitant lui de « notre » révolution, la Révolution de 1789, a choisi un tout autre chemin. Plutôt que de mettre en avant le besoin de liberté et d’égalité tout aussi légitime du Tiers Etats, les inégalités sociales de l’Ancien Régime, ce genre de choses, l’emphase a été mise sur la guillotine, le peuple en furie exterminant à tour de bras la noblesse… D’ailleurs l’édition collector d’AC3 s’appelait « Freedom Edition », alors que pour Unity, c’est la « Guillotine Edition », ce qui est assez évocateur. Et c’est justement sur cela que l’éditeur a joué : le pouvoir d’évocation. Il est plus aisé de séduire ainsi le public américain, voire celui du monde entier, de cette manière, tant pis pour les Français qui ne seraient pas tout à fait d’accord avec cette vision des choses. Il faut néanmoins noter que l’on parle ici de campagnes de publicité. Une fois à l’intérieur du jeu, les choses sont bien différentes, beaucoup moins manichéennes. Je n’ai pas encore joué à Unity, mais j’ai trouvé AC3 plutôt juste dans sa façon de traiter le sujet ; les développeurs n’ont pas hésité à présenter un George Washingon hésitant, perdant et finalement assez peu charimastique, loin des clichés habituels.

Pour répondre à la question initiale, je dirais donc que « non », si et seulement si cela se justifie dans le jeu.

  1. Il y a assez peu de grandes figures historiques françaises, comme Napoléon, que l’on retrouve dans les jeux vidéos. En tant que journaliste amateur d’histoire, est-ce qu’il n’y a pas certains grands personnages historiques que l’on aimerait voir dans un jeu vidéo ?

=> Bonne question, je ne sais pas vraiment ! En tant que médiéviste, j’aimerais voir Bertrand du Guesclin, Louis IX, Edouard de Woodstock (le fameux « Prince Noir ») dans des jeux vidéo… Mais plus que les personnages, ce sont des époques, des périodes, que j’aimerais voir. Et pas forcément du jeu de stratégie, quelque chose qui implique plus le joueur. La Réforme, en France, serait une période intéressante, tout comme les combats, au cœur du St Empire et en Italie, qui ont opposés Frederic II aux papes Gregoire IX et Innocent IV. Les luttes intestines, le contexte de quasi-guerre civile… C’est très intéressant à mettre en scène, et y participer serait forcément un plus appréciable ! C’est d’ailleurs un peu le parti pris par Ubisoft, qui place chacun de ses jeux (ou presque) dans des moments critiques de ce genre, faisant la part belle aux complots de tout poil.

  1. Dans les années 90, des jeux vidéo-ludiques basés sur l’histoire de France étaient réalisé en collaboration avec des organismes chargé du patrimoine, comme la saga Versailles, poussant jusqu’au photo-réalisme des décors. Aujourd’hui, cela ne se fait plus, malheureusement. Comment peut-on l’expliquer ?

=> Parce qu’à mon humble avis, le genre, proche du point’n’click, n’attire plus, ou moins qu’avant, surtout dans ce style là. C’était très impressionnant à l’époque, et c’est en partie pour cela qu’ils étaient appréciés. Aujourd’hui, c’est très facile à faire… Et il y a une autre explication possible. Dans les années 90 les parents surveillaient sans doute beaucoup plus qu’aujourd’hui les jeux vidéo, et ce à quoi jouaient leurs enfants. Ce n’est pas une critique (même s’il y aurait beaucoup de choses à dire sur le sujet), simplement un constat : le média commençait à se démocratiser mais restait encore assez obscur, aux yeux des parents. Et je pense sincèrement que beaucoup de parents ont préféré tourner leurs enfants, ou leurs ados vers ce genre de jeux. D’autant qu’une production comme Versailles avait bénéficié, en France, d’une promotion importante, du fait de son caractère exceptionnelle.

Je pense qu’aujourd’hui il est tout simplement impossible de recréer le même phénomène.

Jeanne d’Arc

  1. Jeanne d’Arc est une figure majeure de l’Histoire de France, surtout au vu de son passage rapide (moins de trois ans). Quels sont les éléments historiques qui permettent à Jeanne d’Arc d’incarner l’héroïne d’un jeu vidéo ?

=> Le personnage historique de Jeanne est un archétype assez connu des joueurs de jeux vidéo : sortie de sa campagne, elle fait une rencontre, qui est un véritable élément déclencheur, et la voilà partie pour mener une grande mission. Dans le cas de Jeanne, il n’était pas question de sauver l’univers, bien entendu, mais de bouter les Anglais hors de France. Mais comme je le disais, il s’agit là d’un archétype, et on retrouve beaucoup ce modèle de héros dans des jeux japonais. Je pense notamment à la série The Legend of Zelda, dans laquelle le héros, Link (ou quel que soit le nom que le joueur souhaite lui donner), est en général issu de la campagne, il ne connaît pas grand-chose du monde, et c’est via ce voyage initiatique qu’il va se rendre compte qu’il a entre les mains le destin de tout un monde, qu’il va devoir le libérer de l’oppression d’un terrible mage, ou d’un démon. Le petit fermier qui se retrouve finalement dans la position de héros de légende, libérateur et salvateur… On connaît plutôt bien, en France ! On retrouve cette figure dans beaucoup de RPG japonais, à vrai dire. Toujours cette même figure, ce personnage qui ne sait rien du monde et qui va finalement devoir le sauver.

À partir de là, pas étonnant de retrouver Jeanne d’Arc en héroïne de jeux vidéo, sa vie s’y prête parfaitement !

  1. La vie de Jeanne d’Arc comporte des éléments pouvant être adapté en jeux vidéos, sous de nombreuses formes. Comment expliquer le peu de jeux basée sur elle ?

-=> Difficile à dire. Peut-être par peur du message que cela ferait passer. Aujourd’hui, Jeanne d’Arc est utilisée par l’extrême-droite française comme une figure de résistance contre l’invasion… Dans le climat politique, géopolitique, et social actuel, pas sûr que le message passerait très bien. Le jeu fonctionnerait sans doute très bien en France, mais à l’échelle internationale ? Ce serait peut-être bien différent, et il ne faut pas oublier que les gens qui font des jeux vidéo le font aussi pour l’argent, au moins un peu.

  1. Prenons l’exemple du jeu Jeanne d’Arc, édité par le studio japonais Level-5. La trame historique repose sur sa vie, mais est complètement diluée par un apport heroïc-fantasy, faussant du coup la réalité historique. Quand on voit cela, on ne se dit pas que l’apport historique est juste un argument marketing ?

=> Oui et non. Les Japonais ont une véritable fascination pour la France, et pour l’histoire de notre pays. Et comme je le disais plus haut, ils sont très attachés à ce genre de personnages, donc leur attachement à Jeanne d’Arc est assez fort, aussi curieux que cela puisse paraître ! Ils ont forcément une vision fantasmée du personnage, de l’histoire de notre pays. Fut un temps, chez nous les samurais et les ninjas étaient très à la mode, on adorait ça ! Est-ce que, pour autant, nous sommes tous devenus des grands connaisseurs de l’histoire du Japon ? Je ne pense pas. D’ailleurs de manière plus générale aujourd’hui, de nombreux adolescents se passionnent pour le Japon mais ne le connaissent qu’à travers quelques mangas et jeux vidéo… C’est un peu la même chose ici.

  1. Comment expliquer la différence de perception qu’il existe d’elle en fonction de la nationalité des développeurs ?

=> Comme je le disais plus haut. Si nos amis Anglais s’attaquaient au sujet, il est certain que le personnage serait mis en scène autrement ! Ces personnages sont marquants parce qu’ils sont au centre d’événements qui peuvent encore être sources de tension entre certains pays. Il n’en existe aucune, entre le Japon et nous (au contraire même, ils nous adorent!), de fait elle est plutôt bien mise en valeur, même si c’est un peu exagéré.

Éducation et Jeux Vidéos

  1. Peut-on dire que certains jeux vidéos historiques peuvent avoir une valeur pédagogique, où que l’idée d’enseigner par ce biais est illusoire ?

=> Oh je pense sincèrement qu’ils peuvent être une source de connaissance. Dans l’état actuel des choses, j’encouragerais n’importe qui à aller vérifier les faits en ouvrant quelques bouquins, mais c’est aussi vrai pour certains reportages qui paraissent à la télé et qui ne sont jamais remis en question. À mon sens il n’y a pas meilleure façon de faire connaître des époques, des gens, des faits, qu’en les faisant vivre et découvrir aux gens, et par ce biais. Et puis, comme je le disais plus haut, les jeux peuvent aussi pousser les gens à s’intéresser plus en détails à une époque. Mon collègue Lespol, qui a testé Assassin’s Creed 3 pour jeuxvideo.com, aime l’Histoire, mais il ne s’était jamais intéressé à la Révolution Américaine. En jouant à AC3, il a eu envie d’en savoir plus, et par la suite il a lu plusieurs bouquins, et regarder un paquet de docu’ trouvés ici et là sur le web. Donc le jeu vidéo peut servir de déclencheur… C’est une forme de pédagogie, je pense !

  1. Prenons le cas d’un jeu récent : Soldats Inconnus, mémoire de la Grande Guerre. Ubisoft Montpellier a travaillé en collaboration avec les historiens qui ont monté le documentaire Apocalypse, la Première Guerre mondiale. Est-ce que cette démarche en fait un jeu qui peut avoir une vocation pédagogique ?

=> Oui, clairement. Mais là encore, je ne pense pas qu’il soit bon de se limiter à une seule et unique source d’informations, autant les multiplier. Mais si le jeu a au moins une qualité, c’est qu’il dépeint avec beaucoup de justesse l’horreur qu’ont vécu les combattants de la Grande Guerre. Si l’on peut faire comprendre cela aux joueurs, c’est déjà un bon point.

  1. Un autre jeu jeu avait lieu pendant la Première Guerre Mondiale, je pense à Red Baron II. Le jeu était accompagné d’un manuel historique très complet sur le conflit aérien pendant la guerre. En ce moment, le jeu vidéo devient énormément dématérialisé, mais ne faudrait-il pas faire un équivalent de ce genre de manuel intégré au jeu pour intéresser les joueurs à l’Histoire ?

=> Le dématérialisé grimpe, surtout sur PC, mais une bonne partie des joueurs restent attacher au format classique, en « dur ». Pour le cas de Red Baron II et de son manuel… De nombreux jeux embarquent directement des tonnes de notices, de didacticiels, de petites fiches à caractère pédagogique… Assassin’s Creed le fait plutôt bien, par exemple. Du coup, ce genre de manuels existent déjà, reste à voir à quel point cela sera exploiter par les prochains développeurs de jeux « historiques ».

Publicités