Archives du blog

Interview d’Epyon, rédacteur à JeuxVidéos.com, réalisée pendant la Paris Game Week


  1. Tout d’abord, peut-tu te présenter (parcours, …) ?

=> Eh bien bonjour, je m’appelle Loïc, plus connu sous le pseudonyme d’Epyon, sous lequel j’officie pour le site jeuxvideo.com. Après un Bac L obtenu haut la main (peau d’lapin), je me suis dirigé vers une fac d’anglais (LLCE, plus précisément), un peu par défaut. Jusqu’alors j’envisageais plutôt Science-Po, ou même l’école du Musée du Louvre, mais des soucis personnels m’ont empêché de quitter la ville où j’habitais alors (Grenoble), et, à quelques semaines de la reprise des cours, il fallait bien que je trouve quelque chose. Après 3 ans à galérer entre les grèves étudiantes et les soucis administratifs de tout genre, complètement lassé par la vie universitaire, j’ai abandonné avant même de terminer ma licence. Après une année sabbatique, j’ai finalement décidé de reprendre mes études, cette fois-ci du côté de Limoges, en optant cette fois pour l’Histoire, là encore un peu par défaut, même si je n’ai pas regretté ce choix par la suite.

  1. Comment est-tu devenu membre de la rédaction de Jeuxvidéo.com ?

=> Un coup du destin, je dirais ! Plus sérieusement, alors que j’allais entrer en troisième année, jeuxvideo.com m’a contacté pour me proposer un emploi. Non pas à la rédaction, mais service Marketing, afin d’occuper le poste de community manager. Il fallait notamment que je m’occupe des forums, et dans une moindre mesure des réseaux sociaux. Le poste était fait pour moi, si je puis dire, puisque je connaissais et fréquentais le site depuis sa création ou presque ; en outre, j’étais l’un des plus anciens membres du noyau dur de la communauté du site, et l’administration me connaissait plutôt bien puisque j’avais été modérateur bénévole sur plusieurs de leurs plus gros forums. J’ai donc fini par accepter, après en avoir discuté avec l’un de mes professeurs. Mais c’est en arrivant réellement à jeuxvideo.com, et après plusieurs mois de travail que je me suis rappelé à quel point le boulot de rédacteur m’avait fait envie, par le passé. En 2009, j’avais même candidaté pour obtenir un poste, après un appel à candidature… sans succès. J’ai donc retenté ma chance en mars 2013, lorsque l’on a appris que l’un des rédacteurs allait s’absenter pour au moins un an. J’ai envoyé un dossier assez étoffé, composé d’une dizaines de tests, et de deux articles traitant de sujets « de fond », plutôt pointus donc. J’ai finalement été retenu, avec 3 autres personnes, pour passer une série de tests et d’entretiens. Suite à quoi j’ai appris que j’étais embauché. J’ai eu énormément de mal à y croire sur le moment, puisque j’avais passé ces tests et entretiens dans les pires conditions possibles (une opération des dents de sagesse deux jours avant, particulièrement douloureuse).

Histoire générale

  1. En tant que journaliste, et ayant une formation historique, le coté historique des jeux est-il un critère sur lequel tu fait attention, en particulier pour les jeux qui se revendiquent comme tel, à l’exemple de la série mondialement connue d’Ubisoft, Assassin’s Creed ?

=> J’y fais attention comme je pourrais faire attention dans certains films ou certains romans. C’est à dire que je ne vais pas être vraiment exigent, même si certaines erreurs pourraient m’agacer, si elles sont illogiques. En revanche des références particulières, qui dénoteraient d’un travail de documentation approfondie, auront plutôt tendance à attirer ma bienveillance, c’est certain. Ce fut par exemple le cas lors de mes premières sessions de jeu sur Assassin’s Creed 3. Le jeu était supposé avoir pour trame de fond la Guerre d’Indépendance Américaine, et à la grande surprise d’une majorité des joueurs, les premières heures de jeu se déroulaient durant la Guerre de 7 ans (et donc surtout la Guerre de Conquête), et il y avait certaines références assez pointues, notamment à l’Expédition Braddock, à la « prise » de Fort Duquesne, c’était assez plaisant.

  1. Prenons l ‘exemple d’Assassins’s Creed. On peut reprocher à cette série d’avoir un décor et un contexte historique, mais une trame narrative mêlant fiction et Histoire, au risque d’induire le joueur en erreur. Du coup, quand on teste ces jeux, est-ce que l’on fait attention à préciser aux lecteurs ce qui est est vrai historiquement, et ce qui ne l’est pas ?

=> À titre personnel je n’ai jamais eu la chance de tester, pour jeuxvideo.com, l’un de ces jeux. En revanche je les apprécie énormément, en tout cas pour les premiers épisodes, et j’ai tendance à les conseiller régulièrement à des amis non-joueurs. Dans ce contexte-là je fais effectivement attention à préciser que les titres mêlent fiction et histoire et que tout n’est pas à prendre comme argent comptant. D’ailleurs les développeurs eux-mêmes ne s’en cachent pas, et avertissent les joueurs qu’il s’agit avant tout d’une œuvre de fiction, en début de partie.

  1. Dans le cadre des interviews des développeurs de jeux se revendiquant comme étant historique, ces derniers expliquent-ils leur façon de faire des recherches historiques, et est-ce une question qui vous semble importante à poser ?

=> Là encore je n’ai jamais eu cette chance, même si, dans les interviews que j’ai pu lire, les développeurs disent d’eux-même qu’ils n’ont pas la prétention de donner des leçons d’Histoire avec leurs jeux. Ils l’ont encore rappelé récemment suite aux vives critiques de Jean-Luc Mélenchon, concernants Assassin’s Creed Unity. Mais en tant qu’ancien étudiant en Histoire, et passionné par le sujet depuis ma plus tendre enfance, c’est une question qu’il me paraîtrait naturel de poser.

  1. Quand on regarde les jeux dits historiques, on a l’impression que l’époque détermine le type de jeu, comme les FPS pour la Seconde Guerre Mondiale, les jeux de stratégie pour l’histoire médiévale, … Peut-on regretter cette situation, tout comme le fait que des pans de l’Histoire ne soit pas utilisé car non adaptable ?

=> À mon sens c’est surtout une question de gameplay, certaines époques offrant plus ou moins de possibilités… Il serait par exemple difficile de faire un FPS sur fond de Guerre de 100 Ans, la vie d’un arbalétrier n’aurait rien de bien excitant, en terme de jeu vidéo ! En revanche je pense que des périodes comme le Moyen Age sont de mieux en mieux exploitées, et on peut trouver beaucoup de styles différents… Avec des jeux comme Chivalry : Medieval Warfare, ou War of the Roses, on a deux jeux plongeant le joueur (tant bien que mal) dans le Bas Moyen Âge, mais qui ne sont pas des jeux de stratégie. Il existe aussi beaucoup de jeux de stratégie prenant ayant pour trame de fond la Seconde Guerre Mondiale. Il faut simplement fouiller un peu et aller plus loin que les jeux dits AAA, les hits des gros éditeurs, comme Activision ou UbiSoft.

Mais je pense que la force du jeu vidéo, c’est justement qu’il offre de très nombreuses possibilités, et que rien n’est inadaptable. Je me rappelle avoir lu il y a 10 ans, dans un magazine (TotalCube, je crois) un article qui justement trouvait dommage que la 1ère Guerre Mondiale ne soit pas traitée dans un jeu vidéo. Mais l’article mettait également en avant le fait que cette guerre offrait sans doute des possibilités… limitées : attendre dans une tranchée, et charger à l’aveugle en espérant ne pas se faire descendre par un ennemi aveugle, en terme de jeu vidéo, ça n’aurait aucun intérêt. Avec tout le respect que j’ai pour les millions de personnes qui sont morts durant cette guerre, bien entendu. En revanche, pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, UbiSoft a pris le parti de développer et d’éditer un jeu nommé Soldat Inconnu. Le parti pris est intéressant, puisque plutôt que d’en faire un jeu d’action, type FPS, potentiellement sans intérêt, ils ont décidé d’en faire un jeu de plates-formes/aventures, dépeignant avec beaucoup de justesse l’horreur de la vie dans les tranchées, et de la guerre de manière générale. C’est un très beau plaidoyer pour la paix ! Le jeu en lui-même souffre de plusieurs défauts agaçants, mais reste qu’il traite un sujet très grave d’une manière plutôt juste et jusque là assez originale.

  1. Pour plaire, le jeu vidéo se doit d’être de très bonnes qualités tant sur le plan du gameplay que de la réalisation, de la trame narrative, … Est-ce que les jeux vidéos historiques ne négligent pas cet aspect là, et du coup, attirent moins les joueurs ?

=> Peut-être, oui. Et c’est en cela qu’Assassin’s Creed a été une véritable petite révolution, parce que pour la première fois, un gros éditeur s’attaquait à l’Histoire avec un H, en prenant le parti de livrer un jeu à la fois beau, immersif, plutôt crédible/cohérent côté Histoire, et très grand public dans son gameplay . Les premiers Call of Duty, ou des jeux comme Medal of Honor un peu avant, étaient tout aussi grand public, mais l’histoire, la Seconde Guerre Mondiale, n’était finalement qu’un prétexte, même s’il y avait à l’occasion quelques références historiques tout à fait valables. Un jeu comme Assassin’s Creed 2 (bien meilleur que son grand’frère) ont créé chez de nombreux joueurs un véritable intérêt pour la Renaissance italienne ; c’est d’ailleurs sur son succès qu’ont surfé les séries TV Borgia.

Et il y a une chose particulièrement amusante, c’est que les joueurs sont souvent les premiers à critiquer tel ou tel jeu parce qu’il met en scène une période particulière de l’Histoire… On lit, on entend souvent « C’est l’Histoire pour les nuls », « c’est plein d’erreurs »… Alors que la plupart du temps, eux-mêmes n’arriveraient pas à déceler ces erreurs ! Il y a une sorte de snobisme, en tout cas en France, de ce point de vue là, et c’est toujours amusant à constater… parce que ces critiques sont utilisés contre des jeux hyper-populaires comme Assassin’s Creed, produit par une grande entreprise (et pour beaucoup de joueurs, grande entreprise = pompe à fric = jeux de merde), mais ne l’étaient pas à l’époque où des jeux comme Age of Empires connaissaient la gloire. Mais c’était un succès beaucoup plus confidentiel, puisque alors le jeu vidéo était moins populaire qu’il ne l’est aujourd’hui. Même chose pour un Chivalry Medieval Warfare, jeu moins populaire et pas exempts de défauts…

Histoire de France

  1. Parlons de l’Histoire de France. Il y a très peu de studios français qui font des jeux partant d’une base historique française, alors que des studios américains, suédois, voir japonais n’hésitent pas à utiliser l’histoire française pour faire leurs jeux. Est-ce que cette situation n’est pas regrettable ?

=> Peut-être, mais cela ne veut pas dire pour autant que si ces studios développaient des jeux vidéo, ils seraient plus… pertinents, plus crédibles, d’un point de vue historique. Les développeurs seraient toujours opposés aux mêmes soucis, indissociables de toute production artistique. Les scénaristes, notamment, ont presque toujours besoin de prendre quelques légères libertés… Après il existe sans doute des petits studios qui ont développé des jeux « historiques », mais dans l’immédiat aucun nom me vient à l’esprit. Il faut néanmoins garder en tête qu’Ubisoft est à l’origine un studio français ( UBI signifiant, à l’origine, « Union des Bretons Indépendants), fondés par trois frères, donc l’un en est toujours PDG. Il y a énormément de francophones dans les équipes du studio principal, se trouvant à Montréal. Et je ne pense pas que si le studio était français à 100 %, cela changerait quoi que ce soit pour le développement du jeu, et sa qualité finale. De ce que j’en sais, Ubisoft fait plutôt du bon travail de ce côté-là, notamment en utilisant comme consultants de nombreux professeurs et spécialistes des époques qu’ils traitent dans leurs jeux.

  1. De plus, lorsque ces studios étrangers utilisent l’Histoire de France, il arrive que cela ne soit pas forcément très bien traité (Jeanne d’Arc, The Saboteur, …), avec beaucoup d’incohérences historiques. Comment peut-on l’expliquer, alors qu’il est facile d’accéder à une forte base historique ?? Cela vous gache-t-il votre plaisir de jeu ?

=> Beaucoup ont tendance, en effet, a mettre en scène une version… idéalisée de l’Histoire de notre pays, parfois pour des raisons scénaristiques, voire esthétiques… ou carrément marketing, en fait. C’est une thèse que j’avais développé à un moment. La façon de traiter de telle ou telle époque influe énormément sur le regard porté par les joueurs sur le jeu, le produit qui leur est présenté, et de fait je ne suis pas étonné de voir certains éditeurs arranger un peu les choses de manière à ce que leurs jeux soient suffisamment « sexy » pour le grand public. C’est le grand public qui rapportent le plus d’argent, et beaucoup n’ont pas envie de jouer à un reportage Arté. Ce que beaucoup veulent, c’est un jeu amusant, plus proche du roman de cape et d’épée que de l’ouvrage universitaire.

Et je peux les comprendre !

De fait il est assez amusant de voir comment un éditeur aussi puissant qu’Ubisoft a traité Assassin’s Creed 3 et Assassin’s Creed Unity, notamment dans sa campagne marketing. AC3 traite principalement de la Révolution Américaine ; les campagnes de publicité, notamment celle baptisée « Rise », mettait en avant un peuple brimé, oppressé, torturé par une force étrangère (ici, les Anglais, donc), mettant ainsi l’emphase sur le besoin naturel de liberté et d’indépendance. La campagne parfaite pour séduire le public américain, pour qui la Révolution évoque naturellement la liberté. Et récemment, Assassin’s Creed Unity, traitant lui de « notre » révolution, la Révolution de 1789, a choisi un tout autre chemin. Plutôt que de mettre en avant le besoin de liberté et d’égalité tout aussi légitime du Tiers Etats, les inégalités sociales de l’Ancien Régime, ce genre de choses, l’emphase a été mise sur la guillotine, le peuple en furie exterminant à tour de bras la noblesse… D’ailleurs l’édition collector d’AC3 s’appelait « Freedom Edition », alors que pour Unity, c’est la « Guillotine Edition », ce qui est assez évocateur. Et c’est justement sur cela que l’éditeur a joué : le pouvoir d’évocation. Il est plus aisé de séduire ainsi le public américain, voire celui du monde entier, de cette manière, tant pis pour les Français qui ne seraient pas tout à fait d’accord avec cette vision des choses. Il faut néanmoins noter que l’on parle ici de campagnes de publicité. Une fois à l’intérieur du jeu, les choses sont bien différentes, beaucoup moins manichéennes. Je n’ai pas encore joué à Unity, mais j’ai trouvé AC3 plutôt juste dans sa façon de traiter le sujet ; les développeurs n’ont pas hésité à présenter un George Washingon hésitant, perdant et finalement assez peu charimastique, loin des clichés habituels.

Pour répondre à la question initiale, je dirais donc que « non », si et seulement si cela se justifie dans le jeu.

  1. Il y a assez peu de grandes figures historiques françaises, comme Napoléon, que l’on retrouve dans les jeux vidéos. En tant que journaliste amateur d’histoire, est-ce qu’il n’y a pas certains grands personnages historiques que l’on aimerait voir dans un jeu vidéo ?

=> Bonne question, je ne sais pas vraiment ! En tant que médiéviste, j’aimerais voir Bertrand du Guesclin, Louis IX, Edouard de Woodstock (le fameux « Prince Noir ») dans des jeux vidéo… Mais plus que les personnages, ce sont des époques, des périodes, que j’aimerais voir. Et pas forcément du jeu de stratégie, quelque chose qui implique plus le joueur. La Réforme, en France, serait une période intéressante, tout comme les combats, au cœur du St Empire et en Italie, qui ont opposés Frederic II aux papes Gregoire IX et Innocent IV. Les luttes intestines, le contexte de quasi-guerre civile… C’est très intéressant à mettre en scène, et y participer serait forcément un plus appréciable ! C’est d’ailleurs un peu le parti pris par Ubisoft, qui place chacun de ses jeux (ou presque) dans des moments critiques de ce genre, faisant la part belle aux complots de tout poil.

  1. Dans les années 90, des jeux vidéo-ludiques basés sur l’histoire de France étaient réalisé en collaboration avec des organismes chargé du patrimoine, comme la saga Versailles, poussant jusqu’au photo-réalisme des décors. Aujourd’hui, cela ne se fait plus, malheureusement. Comment peut-on l’expliquer ?

=> Parce qu’à mon humble avis, le genre, proche du point’n’click, n’attire plus, ou moins qu’avant, surtout dans ce style là. C’était très impressionnant à l’époque, et c’est en partie pour cela qu’ils étaient appréciés. Aujourd’hui, c’est très facile à faire… Et il y a une autre explication possible. Dans les années 90 les parents surveillaient sans doute beaucoup plus qu’aujourd’hui les jeux vidéo, et ce à quoi jouaient leurs enfants. Ce n’est pas une critique (même s’il y aurait beaucoup de choses à dire sur le sujet), simplement un constat : le média commençait à se démocratiser mais restait encore assez obscur, aux yeux des parents. Et je pense sincèrement que beaucoup de parents ont préféré tourner leurs enfants, ou leurs ados vers ce genre de jeux. D’autant qu’une production comme Versailles avait bénéficié, en France, d’une promotion importante, du fait de son caractère exceptionnelle.

Je pense qu’aujourd’hui il est tout simplement impossible de recréer le même phénomène.

Jeanne d’Arc

  1. Jeanne d’Arc est une figure majeure de l’Histoire de France, surtout au vu de son passage rapide (moins de trois ans). Quels sont les éléments historiques qui permettent à Jeanne d’Arc d’incarner l’héroïne d’un jeu vidéo ?

=> Le personnage historique de Jeanne est un archétype assez connu des joueurs de jeux vidéo : sortie de sa campagne, elle fait une rencontre, qui est un véritable élément déclencheur, et la voilà partie pour mener une grande mission. Dans le cas de Jeanne, il n’était pas question de sauver l’univers, bien entendu, mais de bouter les Anglais hors de France. Mais comme je le disais, il s’agit là d’un archétype, et on retrouve beaucoup ce modèle de héros dans des jeux japonais. Je pense notamment à la série The Legend of Zelda, dans laquelle le héros, Link (ou quel que soit le nom que le joueur souhaite lui donner), est en général issu de la campagne, il ne connaît pas grand-chose du monde, et c’est via ce voyage initiatique qu’il va se rendre compte qu’il a entre les mains le destin de tout un monde, qu’il va devoir le libérer de l’oppression d’un terrible mage, ou d’un démon. Le petit fermier qui se retrouve finalement dans la position de héros de légende, libérateur et salvateur… On connaît plutôt bien, en France ! On retrouve cette figure dans beaucoup de RPG japonais, à vrai dire. Toujours cette même figure, ce personnage qui ne sait rien du monde et qui va finalement devoir le sauver.

À partir de là, pas étonnant de retrouver Jeanne d’Arc en héroïne de jeux vidéo, sa vie s’y prête parfaitement !

  1. La vie de Jeanne d’Arc comporte des éléments pouvant être adapté en jeux vidéos, sous de nombreuses formes. Comment expliquer le peu de jeux basée sur elle ?

-=> Difficile à dire. Peut-être par peur du message que cela ferait passer. Aujourd’hui, Jeanne d’Arc est utilisée par l’extrême-droite française comme une figure de résistance contre l’invasion… Dans le climat politique, géopolitique, et social actuel, pas sûr que le message passerait très bien. Le jeu fonctionnerait sans doute très bien en France, mais à l’échelle internationale ? Ce serait peut-être bien différent, et il ne faut pas oublier que les gens qui font des jeux vidéo le font aussi pour l’argent, au moins un peu.

  1. Prenons l’exemple du jeu Jeanne d’Arc, édité par le studio japonais Level-5. La trame historique repose sur sa vie, mais est complètement diluée par un apport heroïc-fantasy, faussant du coup la réalité historique. Quand on voit cela, on ne se dit pas que l’apport historique est juste un argument marketing ?

=> Oui et non. Les Japonais ont une véritable fascination pour la France, et pour l’histoire de notre pays. Et comme je le disais plus haut, ils sont très attachés à ce genre de personnages, donc leur attachement à Jeanne d’Arc est assez fort, aussi curieux que cela puisse paraître ! Ils ont forcément une vision fantasmée du personnage, de l’histoire de notre pays. Fut un temps, chez nous les samurais et les ninjas étaient très à la mode, on adorait ça ! Est-ce que, pour autant, nous sommes tous devenus des grands connaisseurs de l’histoire du Japon ? Je ne pense pas. D’ailleurs de manière plus générale aujourd’hui, de nombreux adolescents se passionnent pour le Japon mais ne le connaissent qu’à travers quelques mangas et jeux vidéo… C’est un peu la même chose ici.

  1. Comment expliquer la différence de perception qu’il existe d’elle en fonction de la nationalité des développeurs ?

=> Comme je le disais plus haut. Si nos amis Anglais s’attaquaient au sujet, il est certain que le personnage serait mis en scène autrement ! Ces personnages sont marquants parce qu’ils sont au centre d’événements qui peuvent encore être sources de tension entre certains pays. Il n’en existe aucune, entre le Japon et nous (au contraire même, ils nous adorent!), de fait elle est plutôt bien mise en valeur, même si c’est un peu exagéré.

Éducation et Jeux Vidéos

  1. Peut-on dire que certains jeux vidéos historiques peuvent avoir une valeur pédagogique, où que l’idée d’enseigner par ce biais est illusoire ?

=> Oh je pense sincèrement qu’ils peuvent être une source de connaissance. Dans l’état actuel des choses, j’encouragerais n’importe qui à aller vérifier les faits en ouvrant quelques bouquins, mais c’est aussi vrai pour certains reportages qui paraissent à la télé et qui ne sont jamais remis en question. À mon sens il n’y a pas meilleure façon de faire connaître des époques, des gens, des faits, qu’en les faisant vivre et découvrir aux gens, et par ce biais. Et puis, comme je le disais plus haut, les jeux peuvent aussi pousser les gens à s’intéresser plus en détails à une époque. Mon collègue Lespol, qui a testé Assassin’s Creed 3 pour jeuxvideo.com, aime l’Histoire, mais il ne s’était jamais intéressé à la Révolution Américaine. En jouant à AC3, il a eu envie d’en savoir plus, et par la suite il a lu plusieurs bouquins, et regarder un paquet de docu’ trouvés ici et là sur le web. Donc le jeu vidéo peut servir de déclencheur… C’est une forme de pédagogie, je pense !

  1. Prenons le cas d’un jeu récent : Soldats Inconnus, mémoire de la Grande Guerre. Ubisoft Montpellier a travaillé en collaboration avec les historiens qui ont monté le documentaire Apocalypse, la Première Guerre mondiale. Est-ce que cette démarche en fait un jeu qui peut avoir une vocation pédagogique ?

=> Oui, clairement. Mais là encore, je ne pense pas qu’il soit bon de se limiter à une seule et unique source d’informations, autant les multiplier. Mais si le jeu a au moins une qualité, c’est qu’il dépeint avec beaucoup de justesse l’horreur qu’ont vécu les combattants de la Grande Guerre. Si l’on peut faire comprendre cela aux joueurs, c’est déjà un bon point.

  1. Un autre jeu jeu avait lieu pendant la Première Guerre Mondiale, je pense à Red Baron II. Le jeu était accompagné d’un manuel historique très complet sur le conflit aérien pendant la guerre. En ce moment, le jeu vidéo devient énormément dématérialisé, mais ne faudrait-il pas faire un équivalent de ce genre de manuel intégré au jeu pour intéresser les joueurs à l’Histoire ?

=> Le dématérialisé grimpe, surtout sur PC, mais une bonne partie des joueurs restent attacher au format classique, en « dur ». Pour le cas de Red Baron II et de son manuel… De nombreux jeux embarquent directement des tonnes de notices, de didacticiels, de petites fiches à caractère pédagogique… Assassin’s Creed le fait plutôt bien, par exemple. Du coup, ce genre de manuels existent déjà, reste à voir à quel point cela sera exploiter par les prochains développeurs de jeux « historiques ».

Interview de Kaaraj, rédacteur à JeuxVidéos.com, realisée pendant la Paris Games Week, le 30 Octobre 2014


En tant que journaliste, le coté historique des jeux est-il devenu un critère sur lequel tu fait attention, en particulier pour les jeux qui se revendiquent comme tel, à l’exemple de la série mondialement connue Assassin’s Creed ?

Pour le coup, tu es bien tombé, c’est un point qui m’intéresse pas mal. On est quelque uns à la rédaction, dont deux en particulier, à être très intéressé par l’Histoire. L’un d’entre nous à même une formation en Histoire (Epyon, qui possède une Licence d’Histoire). De même, on a Lespol qui connaît assez bien l’Histoire, et qui fait beaucoup de jeux de stratégie. Je suis un peu dans le même cas, je n’ai pas fait de formation sur le sujet, mais je m’intéresse beaucoup à l’Histoire.

A mon plus grand désarroi, ce sont souvent des jeux de stratégie qui reprenaient l’Histoire, et je ne suis pas un grand fan de ce genre de jeu. C’est pour cela d’ailleurs que j’ai beaucoup aimé Assasssin’s Creed, car j’aimais bien revoir les faits historiques après y avoir joué. Je me suis renseigné, et j’ai vu que de temps en temps, les développeurs avaient un peu «bidouillé» on va dire pour que ça colle avec leurs projets, mais dans l’ensemble, il y a une reproduction assez fidèle de l’Histoire.

Ce fait partie quand on traite des jeux historiques, je pense que c’est évident, on est obligé de vérifier un minimum. On essaye d’y prêter attention, c’est un point qui est quand même important pour des jeux de ce genre, qui se revendiquent comme de vrais jeux faisant honneur à l’Histoire.

Prenons l ‘exemple d’Assassins’s Creed. On peut reprocher à cette série d’avoir un décor et un contexte historique, mais une trame narrative mêlant fiction et Histoire, au risque d’induire le joueur en erreur. Du coup, quand on teste ces jeux, est-ce que l’on fait attention à préciser aux lecteurs ce qui est est vrai historiquement, et ce qui ne l’est pas ?

Ça nous arrive. On ne le met pas comme avertissement, surtout que les jeux s’en chargent, si ma mémoire est bonne. Après, c’est un peu la difficulté de ce genre de jeux, ils tirent profit des «zones d’ombres» de l’Histoire pour à chaque fois se dire «Tiens, on sait pas trop ce qui s’est passé à ce moment, alors on va partir sur quelque chose de fictif». Moi j’aime bien cette démarche, je la trouve intéressante, mais c’est vrai qu’elle peut être perturbante pour certaines personnes.

Après, je pense que la plupart des joueurs ont quand même conscience que la fiction est mêlée à l’Histoire dans ces jeux. Les développeurs essayent de mettre cela en avant, et les joueurs en ont conscience. Après, il n’est pas impossible que n’ayant pas forcément une culture historique poussée, certains joueurs se mettent à penser que cela s’est vraiment passé comme cela. Mais cela les poussent à se renseigner après coup et à découvrir si c’est vrai ou pas, je pense que c’est un bon point et un bon moyen de les initier à l’Histoire.

Je sais que cela m’est déjà arrivé de préciser dans un test à ce sujet qu’il y avait une partie fictive, mais je le dis comme si c’était une évidence. Je pars du principe que les joueurs l’ont remarqué. Mais je le signalerais peut-être lors de mon test sur Assassin’s Creed Unity (rires) !!

Quand on regarde les forums de ces jeux, ce sont souvent les plus jeunes (10-14 ans) qui prennent ce qui est dit dans le jeu comme une vérité historique, penses-tu que l’âge est un facteur important ?

Oui, je pense que l’âge joue, car quand on a cet âge là, on est rapidement influençable. Ca veut pas dire que je ne parle pas de coté dangereux de la chose, loin de là, on voit quelque chose, on se dit «ah tiens, j’ai vu ça, je pense que c’est vrai», on à pas encore le sens critique suffisant, c’est la période ou il se forge d’ailleurs, c’est à partir de cet âge que les jeunes commencent à se forger leur sens critique, et comprendre qu’effectivement, il y a une part de fiction. Après, effectivement, ce n’est pas impossible que certains jeunes ne fassent pas la distinction entre réel et Histoire.

Une question sur un autre jeu : Soldats Inconnus, mémoire de la Grande Guerre. Ubisoft Montpellier a travaillé en collaboration avec les historiens qui ont monté le documentaire Apocalypse, la Première Guerre mondiale. Est-ce que cette démarche, de la part d’un développeur de jeux vidéos, est quelque chose à encourager afin d’intéresser les joueurs à l’Histoire ?

Alors je ne l’ai pas essayé, je le voulais, mais je n’ai pas encore eu l’occasion, mais j’ai vu le testeur à coté de moi le faire et j’ai vu le jeu un petit peu. Après, j’ai trouvé la démarche intéressante. En plus ce que j’aimais bien, c’était toute la partie faits historiques qu’on débloquait si je ne m’abuse.

Par contre, ce qui est délicat, c’est que là, ça se prêtait bien à ce type de jeu. La Première Guerre Mondiale est très différente de la Seconde Guerre Mondiale, et n’avait pas ce coté dynamique à mettre en scène dans un jeu vidéo. La Première Guerre Mondiale est plus compliquée pour cela, car la plupart du temps, le soldats étaient dans des tranchées, et c’est difficile à retranscrire. On ne pourrait pas faire un Call of Duty sur cette guerre par exemple, c’est impossible.

Un autre jeu jeu avait lieu pendant la Première Guerre Mondiale, je pense à Red Baron II. Le jeu était accompagné d’un manuel historique très complet sur le conflit aérien pendant la guerre. En ce moment, le jeu vidéo devient énormément dématérialisé, mais ne faudrait-il pas faire un équivalent de ce genre de manuel intégré au jeu pour intéresser les joueurs à l’Histoire ?

L’exemple du jeu Soldats Inconnus est très bon, parce que la première réaction quand je l’ai vu, c’est de me dire que le jeu faisait bien la frontière entre les deux domaines que sont l’Histoire et le jeux vidéos, et c’est un bon moyen pour les personnes qui ne connaissent pas cette période d’avoir un jeu qui est quand même ludique, avec des passages «funky» comme avec les tanks, et une porte d’ouverture sur l’Histoire, permettant aux joueurs qui le souhaitent de s’y intéresser, notamment via les fiches qui sont dans le jeu.

C’est un peu la même chose dans Assassin’s Creed, où là c’est écrit sur un ton un petit peu plus décalé, parce qu’il y a un contexte dans l’Histoire qui le justifie, mais c’est vrai que j’aime beaucoup cette idée de faire une passerelle entre ces deux domaines, c’est quelque chose à creuser.

Après, Ubisoft peut se permettre de le faire, car ils ont leurs grosses licences qui les poussent, et ils peuvent se permettre d’aider des projets fait par de plus petites équipes, tapant dans l’indépendant sans l’être. Du coup pour moi, on peut porter ce genre de jeux mais il faut que ce soit les gros studios qui le fassent, car c’est difficile pour des studios plus petits.

Parlons de l’Histoire de France. Il y a très peu de studios français qui font des jeux partant d’une base historique française, alors que des studios américains, suédois, voir japonais n’hésitent pas à se baser dessus. Est-ce que cette situation n’est pas regrettable ?

C’est vrai que cela fait partie des points ou effectivement les studios français ne s’attardent pas forcément, Après, la difficulté que l’on a en France, c’est que l’on a des studios dans le jeu vidéo, on en a qui sont actifs, mais des très gros qui auraient la capacité d’avoir des équipes qui peuvent travailler sur l’Histoire, ce qui nécessite énormément de documentation et de moyens, il y en a beaucoup moins.

Ou alors, ces studios sont partis dans des genres de jeux qui ne se prêtent pas du tout à cela. Ils vont avoir leur domaines de prédilection, je pense au studio lyonnais Arkane (Dishonored)qui est français mais qui n’est pas du tout dans cette direction.

Je pense que le manque de jeux historiques par les studios français vient de ces deux facteurs, soit ils sont dans des genres dont ils ne veulent pas déborder, soit ils n’ont pas une force de frappe suffisante pour se permettre de faire ce type de jeux.

On a tout de même l’impression que ceux qui parle le plus de l’Histoire de France, ce sont les studios étrangers, et en général, ce n’est pas très bien traité, je pense à Jeanne d’Arc, The Saboteur, …

C’est la difficulté de mixer l’Histoire et le jeu vidéo. Il y a la contrainte d’un scénario que tu dois écrire, qui doit être bien rythmé pour un jeu vidéo. On voit bien qu’effectivement, quand tu fait un jeu par exemple sur Jeanne d’Arc, il y a peut être une période de sa vie où ce qui se passe n’est pas super intéressant, et du coup, dans un jeu, cela va se sentir. C’est ça la difficulté, et du coup, tu es obligé de sauter des passages et ça peut casser le rythme du jeu.

C’est exactement ce qui se passe parfois dans Assassin’s Creed, les développeurs voient qu’un passage ne va pas être intéressant, du coup tu te retrouves six ans plus tard, sans trop comprendre pourquoi.

C’est là que réside la plus grosse difficulté à mélanger Histoire et jeux vidéos, et la «solution de facilité», c’est plutôt de se dire qu’on part dans un univers historique moins fidèle, avec un personnage auquel on va pouvoir donner le caractère et la vie que l’on souhaite, sans être contraint par le cadre historique, au risque de te mettre à dos une partie de la communauté qui est venu parce que le jeu se déroule pendant une période historique qu’ils aiment.

Il y a assez peu de grandes figures historiques, comme Napoléon, que l’on retrouve dans les jeux vidéos. En tant que journaliste amateur d’histoire, est-ce qu’il n’y a pas certains grands personnages historiques que l’on aimerait voir dans un jeu vidéo ?

Je pense à un personnage français en particulier, qui est apparu dans Assassin’s Creed III : il s’agit de Lafayette. Il m’a toujours intéressé, j’aime beaucoup le personnage, qui a eu une vie plutôt remplie. Il apparaît dans le troisième volet, je me demande si on ne le verra pas dans le prochain, c’est assez probable au vu du contexte historique. Après en personnage historique plus global, c’est difficile à dire.

Dans le cadre des interviews des développeurs de jeux se revendiquant comme étant historique, ces derniers expliquent-ils leur façon de faire des recherches historiques ?

C’est arrivé que l’on en discute. Je sais que pour Ubisoft, ils ont une équipe dédiée aux recherches, et ils font également appel à des externes comme des historiens. Ils essaient souvent de se renseigner sur ces externes, savoir s’ils connaissent les jeux, pour que ces personnes soient capable de retranscrire le personnage et son caractère de façon à voir s’il serait intéressant de l’intégrer au jeu.

Une partie de leur équipe, à force de travailler sur la série, doit faire le travail de recherche en interne. Par exemple, pour l’épisode Assassin’s Creed Revelations, ils se sont déplacés à Constantinople, dans la basilique Sainte Sophie, afin de prendre des notes pour la reproduire à l’identique dans le jeu.

Je pense que pour Assassin’s Creed Unity, ils ont fait la même chose, puisque Notre Dame de Paris est censée être reproduite à l’échelle exacte, et la ville de Paris à l’échelle 1/3, ils ont beaucoup communiqué dessus. Sur le point de la fidélité historique aux lieux, on voit qu’il essayent de faire le plus fidèle possible.

Quand on regarde les jeux dits historiques, on a l’impression que l’époque détermine le type de jeu, comme les FPS pour la Seconde Guerre Mondiale, les jeux de stratégie pour l’histoire médiévale, … Peut-on regretter cette situation, tout comme le fait que des pans de l’Histoire ne soit pas utilisé car non adaptable ?

Effectivement, cela fait partie des points qui sont compliqués. On sait bien que dans le jeu vidéo aujourd’hui, dès que l’on veut faire un jeu, il faut de plus en plus de budget. Et justement, pour les titres basé sur l’Histoire, il y a un budget en amont pour la recherche qui pour être important. Du coup, les petits studios ne peuvent se le permettre, et vont plutôt chercher une idée de gameplay originale pour se démarquer, que d’essayer de reproduire fidèlement un contexte historique, car cela implique d’avoir des connaissances très pointues, ce qui nécessite du temps et de l’argent.

Le jeu vidéo devient de plus en plus compliqué à faire, parce qu’il faut absolument être rentable, ce que même les gros titres n’arrivent pas forcément à être. Par exemple, le dernier Tomb Raider a mis très longtemps à le devenir alors qu’il s’est très bien vendu, parce que l’on atteint des sommes de développement et de coût de fabrication très élevées. Du coup, à moins de travailler sur des idées simples et de se limiter au maximum à tout ce qui est recherche et appels externes qui nécessitent beaucoup de connaissance, c’est vraiment difficile de sortir un jeu aujourd’hui.

Du coup, je pense que ce genre de jeux pâtit de ce syndrome là puisqu’ils nécessitent énormément de travail derrière, et du coup, il n’y a peut-être pas la capacité de les rentabiliser, d’où l’intérêt de gros studios qui utilisent leurs «vaches à lait» (leurs gros titres), pour financer des projets plus obscur, qui ne vont pas forcément leur rapporter grand chose, mais qui vont avoir une patte «indé» et qui vont leur permettre de faire des choses différentes.

Pour plaire, le jeu vidéo se doit d’être de très bonnes qualités tant sur le plan du gameplay que de la réalisation, de la trame narrative, … Est-ce que les jeux vidéos historiques ne négligent pas cet aspect là, et du coup, attirent moins les joueurs ?

Cela revient à ce que je disais précédemment, les petits studios qui marchent sont ceux qui trouvent une bonne idée de gameplay en premier lieu, ce qui va plaire aux joueurs. Au contraire, si développeur axe tout sur les recherches sans trouver en parallèle un gameplay sympa ou solide, il va en pâtir et on aura que cette image du jeu qui aura une bonne base historique mais sans rien derrière.

C’est un choix à faire, et c’est pour ça qu’il faut soit un gros studio derrière pour financer, soit une équipe qui est rodée sur le sujet, soit prendre un genre précis, comme le jeu de stratégie par exemple, qui à l’habitude d’être utilisé pour faire ce type de jeu.

Parlons un peu des erreurs historiques. Quand vous en voyez une dans un jeu se revendiquant comme tel, cela vous gache-t-il votre plaisir de jeu ?

Pour le coup, c’est très subjectif. Je pense qu’il y aura deux catégories : la personne qui tient absolument à ce que le jeu respecte les règles et le cadre historique, et la personne qui va être un peu plus ouverte, se disant que si c’est bien fait, cela peut être pardonné.

Par exemple, moi je préfère quand le jeu profite des «zones d’ombres» de l’Histoire, quand on se dit : «tiens, la théorie la plus probable, c’est celle-là» sans en être sur. Cela ne me gène pas que les développeurs devient un peu pour que le jeu reste rythmé et intéressant. Par contre, s’ils font quelque chose de complètement surréaliste par rapport à la partie historique, comme le jeu The Saboteur dont on parlait tout à l’heure, où on voyait tous les monuments de Paris au même endroit, la ça me pose problème !!

Du coup, quand on voit un jeu comme cela, basé sur une période historique, mais rempli d’erreurs, on ne se dit pas que l’apport historique est juste un argument marketing ?

C’est possible, il y a des jeux qui doivent tirer sur la corde. Quand il y a une très grosse erreur, ça peut arriver, même si c’est gênant. Quand il y en a deux, trois ou plus, en général, c’est que derrière l’argument historique, il y a une volonté de tirer profit d’une période ou d’une figure historique en l’érigeant en tête de proue pour faire vendre, parce que c’est une période historique appréciée ou un personnage historique très connu. C’est dommage.

Après, c’est le genre de chose que l’on a pénalisé dans nos tests. Je me rappelle que pour The Saboteur,sur la partie historique, il y avait énormément d’incohérence dans la manière dont c’était fait, et ce n’était pas toujours justifié en plus. Le jeu avait d’ailleurs été pénalisé pour cela.

Dernière question : le jeu Assassin’s Creed Unity d’Ubisoft va sortir prochainement (le 13 Novembre). Quand on voit le succès de cette saga basé sur différentes périodes historiques en terme de ventes, peut-on espérer que cela inspire les autres gros studios de développer eux aussi des jeux basé sur l’Histoire ?

La difficulté c’est que justement Ubisoft a eu la bonne idée de faire ce genre de jeu, avec la notion de voyage temporel, puisque le héros peut aller dans le présent et dans le passé, ce qui leur ouvre suffisamment le champ des possibilités dans l’utilisation de l’Histoire à différentes périodes.

Du coup, il se sont «appropriés»le terrain, en se donnant la capacité d’exploiter n’importe quelle période historique pour leurs jeux Assassin’s Creed.

Du coup, je me demande si quelque part, si un autre gros studio essayait de s’attaquer à cela, ce ne serait pas trop frontal, et que les joueurs ne se diraient pas : «ils viennent taper Assassin’s Creed, ils vont faire moins bien». Surtout qu’Ubisoft est maintenant rodé, ils connaissent l’exercice.

Je ne suis pas certain que les autres éditeurs prennent le risque d’aller taper là dedans, parce que pour moi, Ubisoft monopolise le terrain actuellement avec leur série, et doublement cette année puisqu’ils ont deux jeux de prévu. Ils tirent tellement sur cette licence, la mettant tellement en avant, qu’il est très difficile pour un autre studio de tenter ça.